Picasso, 1881-1973

" À huit ans, j’étais Raphaël. Il m’a fallu toute une vie pour peindre comme un enfant ". " Je ne cherche pas, je trouve. Quand je n’ai pas de bleu, je mets du rouge ". " J’ai voulu être peintre et je suis devenu Picasso". Citation Pablo Picasso

"Il faisait, d’un seul coup de crayon, des créatures chimériques ", comme "il suffit à ce père insolent de signer sur une nappe en papier pour payer une addition de quarante personnes ". (1)

Ce petit bout d’homme demeure une énigme. L’on peine à concilier tant de contradictions. A la fois sublime et vulgaire, généreux et égoïste, humaniste et chauvin. Violence et tendresse, colombes et carnages, anges et démons, corps angéliques ou meurtris font partie de ses thèmes courants qui nourrissent encore l’intérêt des foules et animent les musées du monde. Toujours aussi vivant et présent. Source d’inspiration et modèle fugitif.

Naissance traumatique :
" Et ton oncle Salvador qui, lorsque tu es né, a soufflé dans ton nez la fumée de son cigare pour te ramener à la vie alors que la sage-femme pensait que tu étais mort ", selon le témoignage de Marina Picasso (1), laissant croire à une souffrance périnatale grave.

" Né le 25 octobre 1881 à Malaga en Espagne d'un père peintre, professeur de dessin et conservateur du musée municipal, Pablo Picasso commence à dessiner et à peindre dès l'âge de 8 ans. Il est guidé et encouragé par son père mais aussi par l'apprentissage professionnel intensif et académique des écoles d'arts ".
http://www.artsversus.com/pablopicasso/picapers.html

Il n’aimait pas l’école, l’autorité, les consignes. Le dessin l’animait et lui donnait une motivation naturelle.

"Le séjour du peintre dans à l’école primaire lui avait laissé de nombreux souvenirs. Déjà âgé, il aimait raconter à ses biographes et à ses amis comment il tuait le temps en dessinant et en regardant par la fenêtre, comment il s´échappait pour rendre visite à l´épouse du directeur à un autre étage et les différents objets personnels de son père qu´il emportait avec lui en classe (un pinceau, une canne, une colombe...) afin d´être sûr que l´on reviendrait le chercher à une heure de l´après-midi ".
http://www.malagaturismo.com/picasso/fra/bienve.html

" À quoi bon travailler à l’école, disait-il. Cela ne sert à rien. Mais, à Malaga, au collège de San Rafaël où m’avaient mis mes parents en désespoir de cause, j’étais nul dans toutes les matières. Cela ne m’a pas empêcher de réussir. Il dessinait inlassablement des pigeons et des corridas sur ses cahiers. Lorsque les professeurs le réprimandaient, il les narguait ", car, "l’essentiel est de faire ce qu’on l’on a envie de faire ".(1)

"For being a bad student, I was banished to . . . a bare cell with whitewashed walls and a bench to sit on. I liked it there, because I took along a sketch pad and drew incessantly." citation Pablo Picasso" (2)

" En octobre 1892, Picasso, 11 ans, est admis à l'École des Beaux-arts de La Corogne. En 1894, ses premiers dessins seront publiés dans des journaux locaux. Il dessine le premier portrait de ses parents. En 1895, Picasso visite le musée Prado, à Madrid. Et admis à l'Académie royale San Fernando de Madrid, il n'en suivra pas les cours. Il sera admis cette même année à l'école des Beaux-arts La Longa, à Barcelone. En 1897, il reçoit la médaille d'or à l'exposition des Beaux-arts de Malaga ". http://www.artsversus.com/pablopicasso/picapers.html

" À l'âge de 17 ans, Picasso décide de mettre fin à sa formation académique qui marque la première évolution vers son affirmation, après seulement deux ans de sessions académiques. Il entreprend à partir de 1889 sa carrière d'artiste indépendant. A Barcelone, dans un café d'artistes, "Aux 4 Chats", il expose ses toiles et côtoie les principaux représentants des modernistes ".
http://www.artsversus.com/pablopicasso/picapers.html

Malgré ses cours d’Art de quelques années Picasso n’est pas loin de l’artiste autodidacte. Son expérience, il la cherche dans la rue, les contacts improvisés, dans l’humeur et la tourmente du moment

" En 1900, il effectue son premier séjour à Paris, d'octobre à décembre, chez le peintre Isidro Nonell. Il participe à l'Exposition Universelle avec "Derniers instants". En 1901, il retourne à Paris pour six mois, où il rencontrera le peintre Max Jacob. On commence à publier ses dessins en Espagne et à acheter ses toiles en France. Il découvre les toiles de Cézanne, Toulouse-Lautrec, Degas. Il prend le nom d'artiste de Picasso, en 1901 et délaisse le nom Ruiz (nom de son père). Contrairement à beaucoup de peintres, nous disposons d’une grande quantité de dessins et de croquis pour la période de jeunesse. On recense plus de 2200 pièces de format et technique les plus divers, rien que pour la période 1890 à 1904 " .
http://www.artsversus.com/pablopicasso/picapers.html

Ou encore cette appréciation :
"He was the son of a respected art teacher. Thanks to his father's enormous influence at a young age, Picasso developed artistic skills quickly and was accepted into the Academy at Barcelona at age 14. Picasso advanced quickly and found school boring.

He painted his first great work, "Girl with Bare Feet" while studying at Barcelona. After two years of schooling, Picasso transferred for even for advanced tutelage. This did not hold Picasso’s interest, so instead he spent much of his time in cafes and in brothels. Three years later, Picasso won a gold medal for his work, "Customs of Aragon". This work was displayed on exhibit in Picasso’s home town".
http://ndnd.essortment.com/pablopicassoar_rqlv.htm

Il était jeune homme en mouvance, avec une conviction illimitée en lui-même qui lui fera rarement défaut toute sa vie. Il vivait selon l’emprise du moment présent. Autant il façonnait son entourage, autant il s’inspirait de lui, selon sa fantaisie, sa nécessité. Ses proches souffraient souvent de sa présence, mais ils ne pouvaient l’oublier facilement. Il envahissait leur espace, et en restait le titulaire malgré lui. Toujours actif jusqu'à la fin, ses 92 ans, il  produit plus de 50,000 créations, dans différents arts visuels, toujours étonnants, pathétiques, inédits.
Il avait tout de l’hyperactif caractériel qui compense largement ses faiblesses par le niveau d’intelligence et de talents. Sans doute souffrant d'un certain déficit attentionnel, c’était d’abord l’enfant inattentif et rêveur, finalement rebelle qui ne faisait que sa volonté, et n’avait aucun plaisir dans les apprentissages généraux. Mais il apprend vite la matière qui l’intéresse, le dessin, la peinture. Il dépasse le maître, s’en sépare et se nourrit de ses misères qu’il dépasse malgré la débauche des jeunes années. Mais l'impulsivité, la voracité des plaisirs immédiats, le peu d’inhibitions feront partie du personnage créateur, sa valeur et son originalité .

Marina Picassso, petite-fille, témoigne dans son livre " Grand-père ", d’une grande amertume. L’émotion demeure intense, dans des propos chocs :
" Les créateurs ont-ils le droit d’engloutir et de désespérer tous ceux qui les approchent "; et " à aucun moment, l’ensemble de sa famille n’a pu se soustraire à l’étau de ce génie ".
" Une seule chose importait, la peinture et rien d’autre ". Non pas " les petits-enfants du peintre milliardaire alors que nous traînions dans la misère dans les rues désertes de Golfe-Juan ".
" Pourquoi n’ai-je pas compris que Picasso était indifférent à tout ce qui n’était pas son œuvre ".
" Tant que je vivrai, j’aurais le regret de ne pas dialoguer avec mon grand-père comme je l’aurais souhaité ".
" Mon grand-père n’a jamais eu le temps de s’attarder sur le sort de ses proches . Seule comptait sa peinture, la souffrance ou le bonheur que cette peinture lui procurait ".
" Cette œuvre était son seul langage, sa seule vision du monde".
" Boulimique, il dévorait la vie, les choses et les gens ".
" Toute sa vie durant, à travers toutes les époques de sa peinture, il cherchait à traquer l’éphémère, l’instant ". Et "il pratiqua sans merci cette recherche de l’absolu. Peu lui importaient les armes, comme Don Quichotte, il lui fallait combattre, exercer sa vengeance contre un monde qu’il voulait maîtriser".

Mais aussi, il devenait si gentil. Dans son atelier, tout était parfois possible :
" Aucun interdit, nous pouvons toucher à ses pinceaux, dessiner sur ses carnets, nous barbouiller de peinture. Ça l’amuse ".
Et peu d’ordre et d’inhibitions: 
" Dans l’antre du titan, véritable grotte d’Ali-Baba, règne un souverain désordre ".
" Nous sommes dans l’atelier où grand-père nous reçoit en caleçon, un caleçon de coton lâche d’où débordent ses attributs; outrage à la petite fille de 8 ans que je suis et, plus tard, à la jeune fille de dix-sept ans ".
" Dans ses vêtements fatigués, il aurait pu passer pour un clochard ".

La protection de l'artiste inspiré:
" Le maître ne peut pas vous recevoir aujourd’hui, le soleil ne veut pas qu’on le dérange ", répondait Jacqueline, sa dernière épouse, au fils et petits-enfants implorants une visite.
Car il était rude avec lui-même :
" Apprenez les enfants, que l’on peut vivre très bien en se passant de tout. De chaussures, de vêtements et même de nourriture. Regardez-moi, je n’ai besoin de rien ".(1)

La femme
Il s’emparait d’elle, dans la passion de la découverte amoureuse, et souvent beaucoup plus jeune et vulnérable. Il multipliait les jalousies, sans y croire. Il nourrissait les conflits, sans les souffrir. Il vivait sa passion comme une magie qui efface l’angoisse et guérit de tout.
La peinture à travers les femmes:
FERNANDE
"Elle l'arrache au blues de la période bleue. Elle est sa première passion. Picasso a 23 ans quand, l'été 1905, il tombe éperdument amoureux de Fernande Olivier, une jeune modèle montmartroise. Ensemble, ils vont conjuguer toutes les folies de la vie de bohème : opium, bamboche, pitreries. Et misère. Soudain transfigurée, sa peinture s'éclaire, s'exalte. Le sombre bleu cède sa prédominance au rose, avant la grande aventure du cubisme. Pour Picasso, très vite, c'est enfin le succès. Fernande Olivier le quitte pourtant en 1911, "le jour, dira-t-elle, où je constatai qu'il m'aimait moins". En vérité, elle l'avait perdu contre son gré.

OLGA
"Elle l'imprègne du charme discret de la bourgeoisie. Pablo et Olga se sont rencontrés grâce aux Ballets russes. C'est en travaillant, à Rome, aux décors de "Parade" que le peintre espagnol est tombé amoureux de la ballerine russe, vierge et fille de colonel. Ils se marient le 12 juillet 1917 et s'installent 23, rue La Boétie, dans un décor bourgeois où Olga impose un ordre sans concession. Olga rêve de vie mondaine. Picasso est la coqueluche des salons." Elle donnera naissance à Paulo, père de Marina.

MARIE-THERESE
"Il affiche enfin sa Lolita cachée pendant sept ans. Longtemps, Marie-Thérèse Walter n'a été qu'une ombre fugitive dans la vie et l'œuvre de Picasso, un visage esquissé d'inconnue aux boucles blondes. Pourtant, leur rencontre, à la gare Saint-Lazare, date de janvier ou de février 1925. Elle a alors 15 ans. Picasso est de vingt-huit ans son aîné. Au printemps 1932, Picasso ne cache plus l'origine de son inspiration et peint de grands portraits de femmes, dont les larges courbes impressionnent. Une année de chefs-d’œuvre. En 1935, Marie-Thérèse lui donne une fille, Maya. Mais déjà, cette année-là, Picasso a rencontré Dora Maar. Il les peindra encore pourtant, l'une et l'autre, en 1939, sur deux toiles jumelles, comme des reines rivales".

DORA
"L'intellectuelle devient la muse de "Guernica". Jeune et fascinante, peintre, photographe et modèle, Dora Maar rencontre Picasso aux Deux Magots en 1935. Ils vont s'aimer pendant huit ans. Leur relation volcanique s'accompagne d'une grande complicité intellectuelle. Ils s'installent dans un atelier rue des Grands-Augustins à Paris pendant la période dramatique de la guerre d'Espagne, puis de l'occupation allemande. Picasso peint "Guernica" sous le regard de sa compagne qui, elle-même, réalise un extraordinaire photoreportage. Mais les tumultes de leur couple ont épuisé le maître, qui quitte son égérie en 1943 et lui offre une maison dans le Midi, à Ménerbes, en souvenir".

FRANCOISE
"Elégante et rebelle, elle le quittera. C'est en 1943, pendant l'Occupation, que Picasso, alors âgé de 62 ans, rencontre Françoise Gilot, jeune peintre de 21 ans. Pendant trois ans, Pablo et Françoise vont jouer au chat et à la souris, alternant les chassés-croisés. En 1946, il l'immortalise en "Femme-fleur", une huile sur toile de l'époque de "La joie de vivre", l'année où Françoise, à 24 ans, accepte de partager la vie de Pablo. Le couple part vivre dans le Midi, à Vallauris, où naîtront leurs deux enfants, Claude (en 1947) et Paloma (en 1949). En 1953, Françoise, "lassée de vivre avec un monument historique", rentre à Paris avec ses deux enfants. Elle se remariera et partira vivre aux États-Unis".

Jacqueline
"La vestale catalane protège ses dernières saisons. C'est sa seconde et dernière épouse, l'ultime muse de sa vie. Veuf depuis la mort d'Olga, Picasso passe à nouveau devant monsieur le maire en 1961. A son bras, Jacqueline Roque, une beauté brune et silencieuse. Jacqueline va illuminer ses vingt dernières années. Après la turbulence de son atelier de Vallauris, Picasso découvre à la Californie, à Cannes, la villa où il emménage en 1953, un nouveau monde de lumière et de calme dont Jacqueline sera la grande prêtresse. Picasso va peindre énormément de portraits de sa dernière égérie, dont le physique lui rappelle tant celui des paysannes de Catalogne. Treize ans après la disparition de l'amour unique de sa vie, en 1986, Jacqueline s'est suicidée".

http://www.parismatch.com/dossiers/picasso/index.html

La force du talent:
" L'un des grands talents de Picasso est de déceler très précisément les points forts et les faiblesses des courants nouveaux, et de savoir en tirer parti dans son œuvre. Dès le courant de l'année 1901, Pablo Picasso était en mesure d'apporter quelque chose d'inédit. La notion de "période bleue" insiste plus particulièrement sur la teinte monochrome qui prédomine dans ses tableaux. Les thèmes évoluent également vers des préoccupations plus sociales. Il peint les mendiants, les filles des rues, les alcooliques, les vieillards et aussi les mères à l'enfant. Le bleu n'est pas seulement rattaché à la tristesse, au deuil et à la souffrance, mais aussi aux ambiances érotiques. Cette couleur traduit, depuis le romantisme allemand, le merveilleux et le surnaturel". La période bleue culminera avec la composition intitulée "La Vie", en 1903.
http://www.tamu.edu/mocl/picasso/ITM/textoeuv.html

" Qu'il invente le cubisme avec son ami Braque, qu'il musarde du côté du surréalisme, de l'expressionnisme, voire de l'abstraction, ou qu'il ose une parenthèse néoclassique, Picasso, peintre, dessinateur, graveur, sculpteur et céramiste, se lance sur toutes les voies de l'art moderne, qu'il bouleverse et abandonne aussi vite, infatigable destructeur et prodigieux créateur dont Aragon dira que "tout ce qu'on en avance, il l'a aussitôt démenti".
http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/ma/ma_1744_p0.html

"Mais quel ennui, raconte Fernande Olivier, de devoir travailler dans ces conditions! Les moments étaient souvent durs, qu'il acceptait sans défaillance dans son travail. C'était ce que j'admirais le plus chez lui". Un atelier sans chauffage, l'hiver, dans les premières années, quand l'eau se glaçait dans son verre, au réveil du  matin. Et qui surchauffait l'été comme une marmite au feu. Cet infatigable travailleur de nuit qui exploitait le vide. "Il aimait travailler la nuit. Le grand silence, le calme l'aidaient, facilitaient son inspiration. Il se levait souvent après quatre heures. Il voyait ses amis. Il dînait, bavardait, et à dix heures les quittait pour se mettre au travail et ne cesser que vers cinq ou six heures du matin".
"D'ailleurs, a-t-il jamais vécu pour autre chose que pour son art? Cet homme assez triste, sarcastique, un peu hypocondriaque parfois, s'est, non pas consolé (car il a toujours semblé porter en lui une grande douleur), mais s'est oublié dans son travail, dans l'amour de son travail.  ...D'ailleurs Picasso préférait vendre vingt francs une peinture que d'accepter de faire ce qui lui déplaisait". (3)

Genèse
"L'histoire ne connaît guère d'artiste qui soit devenu le symbole de tout un siècle. C'est pourtant le cas de Pablo Picasso. Son nom et son œuvre sont synonymes de l'art du 20ème siècle. Déjà reconnu comme mythe de son vivant, Picasso se voit dédié à lui seul trois musées de par le monde: à Antibes, Barcelone et Paris. Si son œuvre est devenue l'image même de l'art moderne, c'est que ses créations reflétaient la conception courante de l'essence de la modernité. Le refus de la tradition et l'abolition de la reproduction de la forme naturelle d'une part, et de l'autre la création d'un monde de formes loin des schémas connus et répétés depuis des décennies, caractérisent autant l'art moderne tout entier que l'œuvre particulière de Picasso. Pour la première fois dans l'histoire de l'art, une œuvre n'est plus appréhendée par la seule raison. L'irrationnel, le supra sensoriel sont devenus le premier fondement de la créativité et envers et contre tous ses détracteurs.
"De nos jours, l'on ne va plus à l'asile, on fonde le cubisme"
Longtemps considéré comme art "dégénéré", ce mouvement s'est vu violemment critiqué, et même pourchassé sous le régime nazi des années 30. Après les années d'apprentissage, Picasso a trouvé son style, l'a fait évoluer et l'a imposé comme référence au monde des arts". 
 http://www.artsversus.com/pablopicasso/index.html

Commentaires
Son art sera une contestation permanente des formes usuelles. Il vivait le présent avant tout, et chaque instant soulevait une impulsion nouvelle. Son inspiration provient souvent de son entourage immédiat, ses amitiés et amours de l’heure. Il pousse les limites de l’interdit au-delà de ses frontières, quand, à Paris, il fréquente les milieux marginaux, s’intéresse aux drogues, vit des fréquentations dangereuses et hasardeuses. Mais il restait prisonnier de son talent qui toujours le sauve. Il ne pouvait lui échapper.
Il a éprouvé bien des gens cependant sans, peut-on dire, s’en rendre compte, sans prendre conscience et anticiper la douleur des autres. Vivant dans une dimension pulsionnelle, le plaisir et la passion du moment, l’artiste ne pouvait être un bon père, un bon époux, dans une perspective de durée. Il fallait le prendre sur-le-champ, avec ce qu’il voulait donner ce jour-là ou cette heure-là. Il fallait éliminer, oublier les attentes. Il fallait comme lui ne vivre que de l’instant qui passe.
Picasso devait vivre l’instant présent comme unique, infini, sans souci du passé ou du futur. Chaque inspiration devenait obsession, exigence immédiate de réalisation. Chaque toile disparaissait dans un passé obscur. Car déjà il se trouvait dans un ailleurs plus riche et prometteur. Sa force provient de cette déficience: il croit ne jamais rien posséder et doit toujours conquérir. Il ne peut rien donner aux proches, même milliardaire, car il n’a pas mémoire ce qu’il accumule. Il est toujours pauvre, car sans passé ni futur. Non seulement Picasso refaisait le monde à chaque toile, sculpture, collage, il refaisait aussi sa vie qu’il y projetait comme une masse en fusion. Et lui aussi s’y brûlait souvent, mais avec un corps et esprit endurci, par une habitude de vie.
Dans le trait principal du caractère hyperactif, une chose n’est pas finie qu’une autre recommence. Car ce qui était n’est déjà plus, la douleur autant que la joie.


Claude Jolicoeur, m.d.
Montréal, janvier 2002
® 2002
 

Références:
1- "Grand-père", édition Denoël, 2001, par Marina Picassso, (fille dePaulo).
2- http://ndnd.essortment.com/pablopicassoar_rqlv.htm
3-Picasso et ses amis, Fernande Olivier, éditions Pygmalion, 2001, pp 84

Quelques liens web :
- Roland Tardieu, http://roland.tardieu.free.fr/Picasso
- www.artsversus.com/pablopicasso/index.html
- www.picasso.fr/
- www.boston.com/mfa/picasso/study.htm
- www.parismatch.com/dossiers/picasso/index.html