La légende du pianiste sur l'océan, de Giuseppe Tornatore, 2000
http://www.metrofilms.com/legende_pianiste/home.asp

Synopsis (copie du web ci-joint)
"À l’aube du XXe siècle, dans la salle de bal désertée d’un paquebot de croisière, Danny, qui travaille aux machines, découvre un nouveau-né abandonné. Il le baptise du nom de "1900" et décide de l’élever. L’enfant adopté par l’équipage, grandit dans les entrailles du Virginian, voguant d’un continent à l’autre, sans jamais poser pied à terre. Un soir, "1900" s’asseoit au piano et révèle un don extraordinaire pour la musique. Devenu adulte, il est connu de tous comme un pianiste virtuose, capable de fasciner par sa musique les publics de tous horizons qui se pressent sur tous les ponts du navire. La réputation de "1900" ne cesse de grandir, les producteurs l’approchent; mais ni son ami trompettiste, ni le reste du monde ne convaincront "1900" d’aller courir autre chose que les océans et de mettre pied à terre. Les années passent, l’orchestre se sépare et Max reprend sa route.Lorsqu’il apprend que le Virginian est voué à une prochaine destruction, il part à la recherche de "1900"... Fin de citation

Adaptation d'un monologue de théâtre qui fut d'abord un succès de salle, à Milan, avant que le réalisateur en achète les droits et construise un scénario de cinéma.

Notes de production: (copie du web ci-joint)

"Giuseppe Tornatore appartient à cette catégorie de réalisateurs qui détestent être entre deux films. Il aime citer Francesco Rosi qui, alors qu’on lui demandait ce que faisait un metteur en scène quand il ne tournait pas, répondit : «Il meurt.» Giuseppe Tornatore considère ces périodes d’inactivité forcée, sinon comme fatales, du moins certainement «malsaines»...
C’est à la fin 1996, après MARCHAND DE RÊVES, qu’il commença à chercher un nouveau projet. Il avait toujours admiré Alessandro Baricco, auteur de multiples best-sellers en Italie. Novecento n’est pas à proprement parler un roman, mais un monologue. Baricco l’a écrit en 1994 pour le comédien Eugenio Allegri. La pièce en était à sa 160e représentation à Milan, où elle connaissait un grand succès, quand Giuseppe Tornatore conçut son projet de film. Il décida alors, avant même sa rencontre avec Baricco, de faire une offre pour acquérir les droits d’adaptation et de commencer à travailler seul. Jusque-là, il avait toujours tourné à partir de ses propres scénarios...
Et, dans la plupart des cas, il avait écrit ses scénarios à partir de ses idées originales, sauf pour son premier film, IL CAMORRISTA, adapté du roman de Giuseppe Marrazzo. Tornatore réalisa rapidement que le texte allait nécessiter un travail d’adaptation complexe et que la réussite du projet reposait sur le choix d’un acteur capable d’interpréter le personnage, «1900», dans toute sa dimension, c’est-à-dire également capable de jouer du piano de façon convaincante.
C’était une chose à laquelle il ne s’était pas préparé, un aspect totalement nouveau pour lui. Tornatore demanda conseil à Ennio Morricone qu’il connaît bien pour avoir souvent travaillé avec lui. Dans le taxi qui les conduisait à travers Rome, Morricone lui avoua qu’il ne connaissait aucun acteur suffisamment doué au piano pour être réellement convaincant...
Il fallait donc un acteur qui soit capable d’interpréter cet être particulier et qui soit également prêt à passer une longue période - plusieurs mois - à apprendre à jouer suffisamment bien. Le 7 avril 1997, les droits de Novecento étaient acquis. Giuseppe Tornatore mit la dernière main au scénario et commença à penser sérieusement au casting, puis à la recherche du navire."

Commentaires
:
Les traits autistes sont omniprésents dans ce film, et  sont même indispensables à sa compréhension. À moins d'en rester à l'originalité du sujet, la présence et le jeu des acteurs, l'histoire reste incongrue, illogique, délirante. Il n'y a aucun fil qui retient les morceaux, qui réunit ou éloigne les personnes. Pourquoi vivre toute une vie d'au moins 40 ans, sur un seul et même paquebot, sans jamais en sortir, sans aucune vie familiale. Virtuose du piano, le musicien singulier, portant le nom lubrique de 1900, improvise selon sa fantaisie, suivant son rythme et sa cadence, délaissant le petit orchestre: "Pour la dernière fois, 1900, suit la partition", enjoint le chef du groupe musical.

Il y a cette scène irréaliste où il s'abandonne à un piano, sans freins de roue, au gré de la gîte et du roulis, tournoyant dans la salle de bal, jusqu'à détruire un long mur de verrière, et finalement terminer sa course dans la suite du patron. Le vertige, aucun. Et puis cet appel téléphonique, au hasard du bottin, à une femme du bord, pour simplement parler. "Allô, vous ne me connaissez pas, je me demandais si vous vouliez parler. Je voulais discuter un instant, de la météo, ou ce que vous voulez".

Frappe la bizarrerie de ce baiser à une jeune fille qui dort. Et encore cette vitesse d'exécution sans pareille, qui n'est plus de la musique, mais une excitation illimitée. Le héros peut jouer d'oreille, par pure imitation, n'importe lequel morceau. Il compose par improvisation. Il gagne les concours. Mais il est figé dans le temps et l'espace. Il n'a pas ce monde affectif qui s'adapte rapidement aux autres ou les rejette ou les aime. Il ne s'ennuie pas; il n'attend personne. Le temps ne le marque pas dans ses souvenirs. Sa pensée est magique et concrète. Quand il parle de la Nouvelle-Orléans qu'il n'a jamais visité, il confond le réel et l'imaginaire; "j'adore cette ville, en hiver, en mars surtout, c'est magique". L'humour lui fait défaut, et donne encore le nom de "maman" au cheval, comme son tuteur lui avait dit, en blague, dans son enfance. Il refuse de laisser partir une platine enregistrée sur le bateau, avec le plus grand mal; "je refuse que la musique aille où que ce soit sans moi", angoissé par la promesse d'en vendre des milliers, il s'empare et détruit le disque.

Le copain Tony voudra l'aider; "pourquoi tu ne descends pas à terre, tu pourrais gagner beaucoup d'argent; tu prendrais une femme, le monde est devant toi; rien qu'une fois". Mais de répondre 1900: "Pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi? Les gens de terre se demandent trop souvent pourquoi. Les gens de terre ne sont jamais contents de rien. En hiver, ils veulent l'été et en été, ils pensent à l'hiver. Ils voyagent sans cesse. C'est une vie qui ne me tente pas".

Il refuse donc de sortir, même devant une fin dramatique. Le monde, "c'est un clavier sans fin, infini. On n'arrive pas à jouer de la musique. Tout cet univers pèse trop lourd. Il n'y a pas de limite et de fin. Sur ce bateau, mes rêves ne sont pas plus longs que de la proue à la poupe. Je ne sortirai pas de ce bateau; je sortirais de ma vie, je n'aurais plus d'existence".

Il importe de connaître les traits de l'autiste, même à un degré fonctionnel, afin de pouvoir les aider au lieu de les mystifier, de situer leurs limites même s'ils ont des habiletés de douance, douance qui piège souvent et fait oublier les faiblesses de l'individu.

Claude Jolicoeur, m.d.
Montréal, septembre 2001