La théorie immunogénétique

    Approche assez nouvelle pour ceux qui n'étudient pas les facteurs génétiques régulièrement et qui pourrait expliquer un grand nombre de particularités dans la formation du tempérament propre de chaque individu. La création de la vie tient en quelque sorte du miracle, si l'on s'imagine un peu la complexité des combinaisons génétiques devant se produire entre deux lignées. Il tient presque de l'impossible que la plupart des gens soient en équilibre aussi stable avec eux-mêmes.

    La vie commence au moment de la conception, où se jouent les grandes lois de la génétique universelle. À cause de la partie étrangère d'origine paternelle, l'embryon forme une semi-greffe, soumis à une série complexe de rejet immunitaire de la mère, qui lutte pour se défendre de cette agression génétique. Les conditions de formation du fœtus dépendraient en grande partie de cette incompatibilité primitive et originelle, toujours relative, mais capable de dénaturer l'impulsion maturationnelle, retarder la croissance optimale des divers organes en devenir de l'embryon, et son éventuelle intégrité neuropsychique, davantage encore si s'additionne la différence sexuelle du chromosome Y. Ainsi, l'on trouve toujours de 4 à 5 fois plus de garçons que de filles dans les problèmes de maturation autant physique que cognitive et affective. À cette condition initiale s'ajoutent parfois différents facteurs d'agression qu'il s'agisse de virus, de drogue, d'alcool, de malnutrition, de maladie métabolique, etc. La plupart des symptômes de grossesses voire aussi d’infertilité peuvent servir d’indices à ce rejet immunitaire.

    Avec la génétique, il faut concevoir un avant-naissance, pour mieux comprendre les facteurs psychologiques, qui naturellement s'ajoutent plus tard. Les conditions de formation de l'embryon varient d'une mère à l'autre surtout en fonction de sa capacité de tolérance au fœtus, à l'égard de la partie étrangère, d'origine paternelle. L'on connaît bien les problèmes de rejet avec les facteurs sanguins RH où les anticorps augmentent avec le nombre de grossesses et aggravent les risques de complications, parfois de rejet. Mais plus globalement, il y a adaptation progressive entre corps maternel et fœtal. Il existe toujours un certain degré de rejet dans chaque grossesse, en fonction même des lois de la génétique, qui veulent que père et mère aient des systèmes immunitaires différents, foncièrement incompatibles devant s'adapter à travers l'embryon, et se concilier dans la création de tout nouvel être qui lutte, dès le premier jour, contre les anticorps maternels, antifoetaux.

   Les symptômes d'infertilité parentale, les nausées et vomissements ou hémorragies de grossesse, les prématurités ou post-terme ne seraient souvent que des indices généraux de ces luttes ou dérèglements immunitaires.  Les recherches ont pu vérifier que les anticorps maternels augmentaient avec chaque grossesse, davantage en présence d'un fœtus mâle qui se différencie sous l'induction du chromosome Y. Car, fait surprenant et constant dans toutes les sociétés, il y a  généralement 4-5 fois plus de maladies chez le garçon que la fille, sauf pour les formes auto-immunes. Malgré tout, l'observation clinique constate que plus la fratrie s'agrandit, plus les tempéraments de chacun se stabilisent, surtout ceux des garçons. Car la nature fabrique aussi des anticorps bloquants capables de neutraliser l'agression immunitaire pendant la gestation et l'allaitement. Tout devient question d'adaptation, d'évolution. Quand cette immuno-suppression ne survient pas, il y aura davantage risques de souffrance maternelle et fœtale, avec des conséquences négatives sur la maturation cognitive et affective de l'enfant. Il semble bien que des lignées maternelles portent cette vulnérabilité, se transmettant d'une génération à l'autre, de mère en fille comme un facteur génétique franc et direct. Malgré tout, il y a cette apparence trompeuse d'une transmission directe du père au fils, trop communément admise, parce que la prévalence sera toujours plus élevée chez le mâle.
   
    Ainsi, le sort de l'être humain se joue bien avant sa naissance, s'inscrit dans une individualité tout à fait nouvelle et exceptionnelle, qu'il s'agisse de talents ou de vulnérabilités. Et si encore l'on y ajoute des facteurs d'agression de milieu, tels la malnutrition, le diabète de grossesse ignoré ou mal géré, le tabagisme, l'alcoolisme, la drogue, la médication toxique, l'accouchement improvisé, etc, l'on expose le fœtus à des stress supplémentaires et les conséquences ne manquent pas de s'additionner. La prématurité, par exemple, semble le plus souvent une conséquence non-fortuite d'une souffrance fœtale et maternelle combinée. Il fallait une naissance avant-terme pour éviter le pire, qui serait l'agression continue sur l'autre.

Quelques références:
- An immunoreactive Theory of Selective Male Affliction, par Thomas Gualtieri et Robert E. Hicks, The Behavioral and Brain Sciences, 1985, 427-441.
- Antibodies to trophoblast in normal pregnant and secondary aborting women, par Kajino T, et ass. J Reprod Immunol 1988 dec.
- Detection of Maternal Antibodies In Infantile Autism, par R.P.Warren, p.Cole et ass., J. Am.Acad.Child Adol. Psychiatry, 29:6, November 1990 .
- Immunogenetic approaches to the analysis of mammalian development, par Heyner S., Dev Biol (N Y 1985);4:335-52.
- Immunologie fondamentale et Immunopathologie, par C.Griscelli, J.Paupe, C. Ponvert, Hôpital Necker, . éditions Ellipses, 1985, pages 85-86.
- Maternal immune response to pregnancy, par Billington WD, Reprod Fertil Dev 1989, discussion 191.
- Prognosis of the very low birthweight baby in relation to gender, par M. Brothwood, D. Wolfe, et ass., Archives of Disease in Childhood, 1986, 61, 559-564.
- Sex Differences in the Hyperkinetic Syndrome of Childhood, par A. James et E. Taylor, Journal of Child Psychiatry, 1989.
- Specific diversity in the immunogenetic relationship between mother and fetus, par Billington WD, Exp Clin Immunogenet 1993; 10(2):73-84.

 

Claude Jolicoeur, pédopsychiatre, Montréal, 1997-99
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