RESUME DE L'ARTICLE:
AN IMMUNOREACTIVE THEORY OF SELECTIVE MALE AFFLICTION
PAR THOMAS GUALTIERI ET ROBERT. E. HICKS

THE BEHAVIORAL AND BRAIN SCIENCES 8, P.427-441, (1985)


Plusieurs études ont établi que les enfants mâles étaient davantage affligés par les désordres psychiatriques et neurodéveloppementaux de l'enfance. Après analyse des résultats et comparaison, il a été démontré que si les garcons sont atteints plus fréquemment, les filles le sont plus sévèrement. De plus, alors que le désordre chez les filles semble surtout médié par le génotype, le désordre retrouvé chez les garcons tient davantage d'une interaction entre le génotype et 1 environnement.
Les complications de la grossesse et de l'accouchement sont également plus fréquentes chez les garçons. Somme toute, une hypothèse se pose à connaître ce qui rend le milieu utérin si inhospitalier pour le foetus mâle. C'est ainsi que fut amené la notion d'immunoréactivité maternelle (IM), à savoir une certaine antigénicité du foetus mâle qui évoquerait l'IM.

Parmi les conditions retrouvées davantage chez les garçons, on note: le retard mental, l'autisme, l'hyperactivité, la dyslexie, l'épilepsie, la dysphasie, la paralysie cérébrale et le troubles des conduites.
Afin d'expliquer ce phénomène, les recherches se sont d'abord tournées vers la génétique. Le chromosome Y étant plus petit que le X, ceci confère aux filles une supériorité quantitative de 4­5% en matériel génétique. Cette différence entre un foetus femelle diploïde et un foetus mâle haploïde allait peut-être apporter une forme d'explication.
Il est maintenant acquis que le développement et la maturation sont plus lents chez le
garçon et puisque les organismes immatures sont plus susceptibles aux dommages, les garçons sont plus vulnérables aux facteurs environnementaux. Egalement, le cerveau mâle étant plus complexe par son développement, les opportunités pour des erreurs seraient plus grandes.

De telles hypothèses demeurent intéressantes mais difficiles à prouver.
Lorsque l'on analyse la structure des différences sexuelles, on remarque que les formes les plus sévères de la maladie se retrouvent chez les filles ex. mortalité accrue, déficience mentale plus sévère etc. I1 y aurait donc une dissociation entre les éléments de fréquence et ceux de sévérité, le désordre neuro­développemental étant davantage génétique chez la fille et plus associé aux complications néo-natales chez le gar~7,on donc moins spécifique et plus diversifié. Par exemple, la dyslexie pure est plus fréquente chez la fille ce qui constitue un modèle génétique pour expliquer les difficultés d'apprentissage. De plus, l'histoire familiale est davantage positive pour plusieurs désordres affectant les filles à laquelle s'ajoute une plus grande concordance entre jumeaux monozygotes schizophrènes.

Lorsque l'on analyse les résultats, on remarque donc qu'un bagage génétique substanciel est requis pour l'expression chez la fille alors qu'il l'est moins chez le garçon. Alors pourquoi le foetus mâle est-il plus exposé aux difficultés pré et périnatales? Deux hypothèses ont été proposées. La première suggère un facteur endocrinien, une avenue intéressante mais difficile à démontrer. La deuxième, encore plus fascinante, fait appel à un phénomène immunitaire antigénique et introduit les notions d'insuffisance maternelle et d'effets négatifs de la parité.

L'hypothèse antigénique tient sa source de l'observation d'un phénomène de mémoire entre chaque grossesse, l'incidence de complications de la grossesse et de l'accouchement augmentant avec le nombre de grossesses, les derniers étant plus affectés. Ce gui est hérité dans l'insuffisance maternelle, c'est une capacité génétique accrue à réagir immunologiquement à l'antigène foetal.
Deux hypothèses ont été proposées afin de caractériser cet antigène foetal baptisé Ag H-Y. La première serait qu'il serait spécifié par un gène sur le chromosome Y alors que la deuxième parle d'un gène répresseur sur l'X et d'un gène inducteur sur l'Y. Nous savons que l'Ag H-Y est essentiel pour l'organisation testiculaire et qu'il est toujours absent chez la fille. Plusieurs évidences cliniques suggèrent que le foetus mâle est plus antigénique que le foetus femelle. Par exemple, on note une dissémination plus agressive des cancers trophoblastiques si le conceptus est femelle.

Afin de compenser cette plus grande susceptibilité aux maladies, la nature a produit un excès de mâles à la conception. Une autre évidence clinique veut que la non-similarité antigénique induise davantage la croissance du foetus et du placenta. Il est aussi à noter que plus il y a de grossesses, moins il y a de garçons à la fin et le poids du foetus et du placenta a aussi tendance à augmenter.
Une étude sur des garçons autistiques a établi que les complications de la grossesse avaient été plus fréquentes chez les garcons qui avaient des frères plus âgés que chez ceux qui avaient des soeurs plus âgées. Au plan neuro-développemental, il a été prouvé que le cerveau pouvait être aussi la cible des attaques immunes. Le cerveau est antigénique, la barrière hémo-encéphalique n'étant pas protégé des anticorps maternels ce qui constitue, une fois de plus, une piste immunologique dans les désordres neuro­développementaux.

Des études de fertilité ont également établi qu'une histoire d'infertilité relative était établie davantage chez les mères d'enfants présentant des problèmes ce qui réfère aussi à la théorie antigénique. D'autres études, portant sur le quotient intellectuel, ont démontré que le rang de naissance avait un effet négatif plus grand chez les garçons que chez les filles, le QI étant plus élevé chez les premiers de famille. Ainsi, l'effet de la parité est plus négatif chez le garçon.
De telles études sont fascinantes à souhait et semblent nous orienter vers une explication biologique probable. Malgré tout, compte tenu que dans plusieurs avortements spontanés le sexe n'est pas déterminé et que, pour chaque étude, davantage de sujets seraient nécessaires, la théorie antigénique connaît certaines limites. Les effets de la déprivation parentale n'ont également pas encore été établis.

La plus grande susceptibilité à la maladie, l'insuffisance maternelle et l'effet de parité négative sont tous des facteurs qui affectent davantage les garçons. A la lumière de la génétique et

de l'immunologie, l'hypothèse antigénique demeure actuellement celle qui semble la plus compatible avec les phénomènes observés. Si elle s'avouait exacte, elle pourrait s'avouer fort utile afin de développer des stratégies de prévention des désordres neuro­développementaux de l'enfance.


Denis Chauret
Stagiaire-médecine
4ième, en psychiatrie
Université de Montréal
, 28 juin 1993