Einstein
ou le génie brouillon de l'improvisation

Pas si précoce:  
   Très jeune, l’enfant inspirait certaines craintes aux parents, qui consultent un médecin. Ne commence-t-il pas à parler après 3 ans; ne serait-il pas un peu idiot, se demandent-ils parfois? Car il avait " de drôles d’idées ", selon la grand-mère. Et puis, malgré des débuts difficiles à l’école, " il est de nouveau en tête de sa classe ", écrit bientôt sa mère. " Mon développement ultérieur fut parfaitement normal en dehors du fait que je répétais mes propres paroles à voix basse ", se souvint-il

Si fidèle à lui-même:
    Devenu adulte, il n’avait aucun souci de sa personne, de ses habits. Il ne se donnait jamais la peine d’enfiler des bas avec ses souliers. Les enfants du voisinage lui tiraient la langue mais il riait avec eux. Il partait en voyage sans presque préparer ses valises. Il amenait parfois des ami(e)s sur un petit voilier et les faisait paniquer, pour s’amuser, en frôlant les obstacles ou les cailloux. Il chavira un jour, à 65 ans, et faillit se noyer ne sachant pas nager. Il n’avait pas souci du détail. Il avait peu le sens du danger immédiat et routinier.

Brave Jojo:
   Einstein n’aimait pas les contraintes usuelles de l’école, en particulier la routine. Les camarades de classe le surnommaient " Brave Jojo ", pour son cran à dire tout haut ce qu’il n’aimait pas de ses professeurs. Il détestait le par cœur, " Ma grande faiblesse était le manque de mémoire, surtout pour les mots et les textes. Il n’y avait qu’en mathématiques et en physique que je dépassais de loin le niveau de la classe ", convient-il, plus tard dans sa biographie. Toutefois, à 15 ans, au Lycée de Munich, le professeur principal l’invite à partir: " Vous altérez le respect de la classe par votre seule présence ". L’élève rebelle en profite pour quitter avec quelques précautions : un faux certificat médical de mauvaise santé et une attestation de son excellence en math, à niveau déjà universitaire. Il ira rejoindre sa famille à Milan, et passer une année de voyages et vagabondages à visiter musées, bibliothèques, etc. Il ne manquait pas d’intérêts et d’initiatives. N’avait-il pas dès 12 ans étudier la géométrie d’Euclide, " un des grands événements de ma vie, aussi flamboyant qu’un premier amour, "  comme à 13 ans, il lisait et comprenait Kant, " c’était un enfant, dira un vieil ami, et cependant Kant paraissait clair pour lui " ; à 16 ans, il s’initie seul au calcul infinitésimal et se demande déjà comment un être humain pourrait voyager à la vitesse de la lumière. Cependant, malgré tout cela, il vivait au jour le jour, sans angoisse du lendemain, au gré de ses seuls intérêts et fantaisies.

Impasse académique
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    L’infortune familiale le ramena sur terre et l’obligea à plus de rigueur. Il voulut s’inscrire à la Polytechnique de Zurich, avec une dérogation d’âge, mais échoua et dût de contenter d’une école cantonale avant d’y revenir pour 3 ans, en formation d’enseignant plutôt que d’ingénieur. Il n’assistait qu’aux minimum de cours et réussit ses examens finaux de justesse grâce aux notes minutieuses de son ami Grossmann. Sauf que personne ne voulait lui fournir un emploi par la suite. Le prof Weber lui dira: " Oui, vous êtes un brillant sujet. Mais vous avez un défaut: vous n’acceptez pas le moindre avis ; pas le moindre avis ". Lui-même conclut : " Il paraît que je ne suis dans les bonnes grâces d’aucuns de mes anciens professeurs ". Plus tard, il se rappelle à la mort de son ami : " Lui, étudiant modèle ; moi, brouillon et passant la journée à rêvasser ; lui en excellents termes avec les professeurs, saisissant tout sans mal ; moi, à l’écart et mécontent, pas très populaire ".

La découverte
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    Finalement, seul et sans argent, il languira de longs mois avant qu’un ami ne l’introduise au Bureau des Brevets de Berne, au moins pour assurer sa survie matérielle (jusqu’à 30 ans). Dans ses temps libres, il poursuit sa formation autodidacte et aboutit à la formulation de la Relativité Restreinte, 4 ans plus tard, un exploit inédit, compte tenu de la pauvreté de ses moyens, en dehors même du milieu universitaire. Dès 1907, à l’âge de 28 ans, il élaborait la célèbre formule E=MC² , qui ne pourra se vérifier que 26 ans plus tard. Puis il gagna le Nobel en 1921 pour ses travaux sur la physique théorique et en particulier sa découverte de la loi de l’effet photo-électrique. Dans ses Notes autobiographiques, il fait rarement mention des lieux de ses activités, comme si sa mémoire fonctionnait en dehors de l’espace.

Lire aussi: Einstein, génie à bord

Références générales:

." Albert Einstein, créateur et rebelle ", B. Hoffmann, Sciences, 1972-73.
." Einstein, The Life and Times, Ronald W. Clark, Hearst, 1994.
. Le Monde: Dossier Einstein
http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/doc/20050607/659136_sup1.pdf


par Dr Claude Jolicoeur, 1998
Montréal,
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