Don Quichotte de la Mancha, de Cervantès

Il était une fois le chevalier le plus courageux, qui n’hésitait pas à défendre le plus pauvre, le plus malheureux, le plus faible. Suivi de son écuyer servant, Sancho Pança, et chevauchant le vieil Rossinanté, rien ne pouvait le retenir quand du fond du cœur, il se révoltait devant les injustices, et chargeait de toutes ses forces avec son épée rouillée, au nom de sa dulcinée de Toboso, qu’il n’avait encore qu'entrevu dans son village.

Après avoir longtemps lu de nombreux livres de chevalerie d'époque, senior Quichotta décide un jour de reprendre les exploits des chevaliers errants, en demeurant fidèle aux principes de leur confrérie: vivre d’aventures, au gré des circonstances, sans jamais se soucier de la nourriture et du gîte, se lancer dans les nobles causes, en risquant sa vie au nom de sa belle promise, surtout souffrir dans son corps et son esprit sans se plaindre ni demander la compassion.

Le grand départ
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Ce jour-là, avant de se faire consacrer chevalier par l’aubergiste d’un village voisin, après une nuit de veille, comme le voulait la tradition ancienne, et prendre un nouveau nom plus convenable à son projet, il fouille au hasard dans son grenier où il trouve une vieille armure, un vieux casque sans visière, une épée d'occasion, revêt l’habit de sa nouvelle caste sociale et se nommera dorénavant Don Quichotte de la Mancha, de sa région d'origine.

Aussitôt parti dans sur les routes poussiéreuses, il s’attaque aux bras d’un moulin à vent, convaincu qu’il s’agit d’un géant difforme, ou à un troupeau de moutons qui lui semble une armée, dans le brouillard, malgré les fréquentes protestations de Sancho. Ici, le grotesque se mélange au fantaisiste, car le héros paraît plus dissocié que seulement excentrique. Ou voyant une diligence, il s'attaque à toute la garde d'apparat, voulant délivrer la belle dame qu’il croit victime d’enlèvement de bandits déguisés qui, méprise encore, n'étaient que ses gardes. Quand il constate ses erreurs, il se croit toujours victime d'enchantements que le diable invente volontiers pour le détourner de son noble projet. À Sancho qui a quitté femme et enfants pour le suivre sur son âne, il promet de lui conquérir un pays où, en gages de ses loyaux services, il pourra devenir roi et maître, même si ne sachant ni lire ni écrire. Les aventures se succèdent ou plutôt s'improvisent. Car il en faut pour convaincre d'abord la dulcinée imaginaire et le monde entier, de sa bravoure et de la grandeur de son destin.

Commentaires:
Premier roman de la littérature moderne (1605), traduit dans toutes les langues, le Don Quichotte de Cervantès représente la drôlerie, l’anecdote, le fantastique, dans l’individu qui improvise sa vie, au gré des fantaisies du jour. Le héros personnifie assez bien l’attention volage, l’imagination fertile, la créativité illimitée. À la fois brillant, intrépide, mais aussi impulsif, colérique et égocentrique. Avec lui, le temps et l'espace s'effondrent. Tout devient possible dans l'instant et le lieu présent et actuel. Ce n'est pas dire toutefois que toutes les aventures du brave chevalier errant puisent uniquement dans la substance du caractère hyperactif. L'auteur traverse parfois la frontière entre l'excentricité et la folie, ne s'agissant pas d'un traité scientifique de psychologie.

Don Quichotte permet surtout à l’auteur de dire des vérités sociologiques, à une époque de grande sévérité religieuse, de rigidité sociale, sous le couvert de la farce. En regard de l'église, de la royauté, de la noblesse, l'espace critique était mince et un mot de trop vous envoyait aux galères. Tout ce que peut dire l'auteur à travers son personnage fictif relève de la plus grande témérité à plusieurs reprises. Mais plus de personnage devient extravagant, plus son créateur peut se permettre des libertés et recevoir l'absolution.

Cervantès (1547-1616) eut lui-même une vie très mouvementée, pour ne pas dire hyperactive; il combattit à Lepante (grande bataille navale réussie contre les Turcs) où il perdit une main; il fut cinq ans prisonnier des pirates de Barbarie, puis commissaire aux vivres de l’invincible Armada, et excommunié, puis encore emprisonné et enfin familier de la cours de Philippe III. Dans ses heures de réclusion, il composa ses romans à partir de ses rêveries d'évasion. En même temps grand érudit de son époque, il semblait connaître tous les auteurs grecs et romains et pouvoir citer, en vers et prose, les écrivains célèbres, autant de son temps et que de l’antiquité.

Référence:
. Le roman épique " Don Quichotte de la Manche ", Miguel de Cervantès (1547-1616)
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Dr Claude Jolicoeur, pédopsychiatre
Montréal, mars 2000,  ©